Quelle est la VRAIE finalité d’Affelnet ? Gérer des stocks d’élèves…

La véritable finalité d’Affelnet est simple : il faut affecter les élèves. Sur la base d’un raisonnement simpliste : tant d’élèves dans tant de places. La qualité, le respect de la personne, la loyauté dans les informations distribuées aux parents ne sont pas des notions intégrées dans Affelnet.

Posons donc tout de suite le débat d’un point de vue du résultat : le but d’Affelnet n’est pas l’affectation, mais la gestion de du stock d’élèves par la régulation de l’offre et de la demande de places en 2nde.

Car, si vraiment il était question d’affectation d’élèves, le système aurait dès le départ pris en compte quelques données essentielles, comme les langues et les enseignements complémentaires qu’ils étudient, ou les spécialités qu’ils envisagent en 1ère, ou aurait veillé à ce que tous aient un quantum de choix de lycées similaire.

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D’où viennent les non affectés ? D’un déséquilibre offre ↔ demande.

Affelnet est avant tout une question d’offre et de demande. Mais le système fonctionne mal, car l’offre et la demande ont des caractéristiques propres qui ne sont pas compatibles ensemble :

  • L’offre est contrainte, limitée, et connue d’avance ;
  • La demande est inconnue à l’avance, et dépend de paramètres externes au système (un article de presse peut changer du tout au tout l’attractivité d’un lycée) ;
  • Il n’y a pas de fonction de rattrapage de l’offre en fonction de la demande.

Nous allons démontrer que le seuil d’entrée dans un lycée dépend directement de la quantité d’élèves qui le demandent, bien plus que les résultats des élèves qui eux sont modélisables aisément.

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Comment en plaquant artificiellement la demande sur l’offre on gère le stock des élèves.

Affelnet ne tient pas compte de qui est l’élève qu’il affecte, ni d’un point de vue humain, ni d’un point de vue scolaire : il ne tient pas compte des langues apprises, des spécialités souhaitées. On pourra objecter qu’il appartient aux parents de ne choisir que des établissements compatibles avec les besoins de leurs enfants… mais ce choix est souvent impossible (il y a 15 LVB enseignées à Paris par exemple [voir Note 1], et elles sont loin d’être toutes représentées sur chaque offre de lycées…). Pourtant, cette amélioration au système est assez simple à mettre en place [voir Note 2].

Le fait que cette amélioration n’ait pas encore été mise en place après 13 années d’Affelnet montre bien qu’une vision centrée sur l’élève n’est pas le but du produit. Pour l’élève, sa participation est limitée à indiquer ses vœux (le nombre dépend de l’académie). Mais quand on demande à un élève de choisir 10 lycées dans une liste de 10, peut-on dire que le 10ème de la liste est un « vœu » ?

Une des origines du problème vient de l’obligation de scolarisation applicable pour la classe de 2nde [voir Note 3]. L’état ayant cette obligation pour tout enfant de moins de 16 ans qui en fait la demande, le but réel d’Affelnet s’est limité à affecter coûte que coûte les élèves dans un lycée.

Si le taux de satisfaction sur les 3 premiers vœux est un indicateur qui semble pertinent dans les Rectorats qui les publient annuellement c’est en fait un indicateur qui a peu de sens [voir Note 4]. L’indicateur le plus craint des Rectorats est en fait le taux (ou le nombre) de non-affectés à l’issue du premier tour. Les non-affectés sont inhérents au système Affelnet, qui est un système d’offre et demande [voir Note 5].

Pour parvenir à ne pas avoir trop de non-affectés, les Rectorats affectent donc sans chercher à tenir compte des besoins scolaires des élèves [voir Note 6]. Car s’ils devaient rajouter les langues et une estimation des spécialités, ce nombre de non-affectés exploserait. On restera alors songeur devant l’inventivité du MENJS qui a développé les EIE permettant de regrouper les élèves sur des pôles de lycées, comme cela est fait sur Paris 2020-2021 [voir Note 7], tout en ayant mis en place grâce à la note DGESCO de mars 2019 un mécanisme pour les limiter.

Un des fonds du problème d’Affelnet est donc là : outre tous ses défauts – que nous démontrons dans ce document – il crée des non-affectés [voir Note 8].

La problématique des élèves non-affectés est la face publiquement visible de l’échec d’Affelnet. C’est l’indicateur le plus craint des Rectorats car c’est le plus visible, celui qui mobilise la presse. S’y attarder est important : pour chaque élève non-affecté c’est un drame, un été gâché, et surtout une perte de chances.


[Note 1] Les 15 LVB de Paris : Allemand, Anglais, Arabe, Chinois, Coréen, Espagnol, Hébreu moderne, Italien, Japonais, Persan, Portugais, Russe, Suédois, Vietnamien et depuis 2020 le Danois.

[Note 2] Dans le simulateur Affelnet que nous avons développé, ce système est en place, et donne à chaque lycée une note sur 5 de son adéquation aux besoins de l’élève, en fonction de langues étudiées et des spécialités envisagées en 1ère (voir Mettre en place un simulateur d’affectation pour les parents).

[Note 3] Depuis l’ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959, l’obligation de scolarisation a été prolongée jusqu’à l’âge de 16 ans révolus. L’alinéa 1 de l’Article L131-1 du Code de l’Education est ainsi libellé : « L’instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l’âge de trois ans et jusqu’à l’âge de seize ans. ». Et l’alinéa 2 de l’Article L131-1-1 du Code de l’Education précise « Cette instruction obligatoire est assurée prioritairement dans les établissements d’enseignement. »

[Note 4] D’autant plus que, quand le rectorat affiche des taux de 1er, 2ème ou 3ème vœu, il faudrait déduire les premiers choix boursiers et les premier choix recrutement particulier. Les taux réels sont donc bien inférieurs, d’après nous vers 40% sur les zones où il y a un véritable choix de lycée.

[Note 5] Lire Pour conclure sur le problème d’offre et de demande qui est la clef d’Affelnet.

[Note 6] Lire nos articles Dis maman, c’est quoi une « bonne affectation » ? et Modifier le système, pour redonner sa place à l’humain.

[Note 7] : Sur le EIE, lire Que sont les EIE (enseignement inter-établissement) ?, et sur le regroupement par pôles des lycées à Paris en 2020-2021, lire Regrouper les lycées par pôles : la trouvaille pour réduire les coûts

[Note 8] rappelons qu’un élève non-affecté est un élève à qui un rectorat indique qu’il n’est affecté nulle part. Il le fait avec une « délicatesse » toute administrative, en leur remettant une fiche indiquant « Refusé » après chacun de leur vœux (voir notre article Revoir la communication avec les non-affectés).

Pour conclure sur le problème d’offre et de demande qui est la clef d’Affelnet

Pour qu’Affelnet puisse fonctionner comme un digne logiciel d’affectation, il faudrait que l’offre soit en relation avec la demande. Or, c’est loin d’être le cas.

La seule solution définitive pour en finir avec les non-affectés passe par une augmentation de l’offre, c’est-à-dire la création d’établissements et l’attribution de DHG qui ne soient pas minimalistes.

Pour comprendre, osons une analogie. Imaginons. Vous allez dans un restaurant équipé pour servir 50 convives simultanément et vous êtes le 50ème client : tout se passe très bien. Mais si vous êtes le 51ème, vous attendrez pour avoir une place et pourrez peut-être même ne pas manger, alors que les cuisines auraient probablement pu absorber la charge du 51ème client.

Pour Affelnet, c’est la même chose. C’est même pire car le système (le restaurateur) est informé à l’avance de ce que la demande (le nombre de clients) est supérieure à la capacité d’accueil : il ne devrait pas y avoir de non affectés structurels [voir Note 1].

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