Un avant-propos bis sur les évolutions d’Affelnet, et sur ce qu’Affelnet Paris 2020-2021 n’a pas réussi à faire

S’interroger sur ce que devrait être l’affectation… Au vu des différences entre les Affelnet académiques, on en vient à se demander si quelque autorité s’y est vraiment attelé. Nous venons d’évoquer le contexte inégalitaire d’Affelnet (voir Un avant-propos sur le contexte social et politique d’Affelnet.).

Si l’on pense en termes de chances de réussite, l’affectation ne devrait pas se faire sur les notes, mais avant tout sur l’être qu’est l’élève (voir Dis maman, c’est quoi une « bonne affectation » ?, et plus généralement tout notre chapitre Tout sur… Ce qu’il FAUT faire pour transformer Affelnet).

On ne peut pas nier qu’Affelnet évolue beaucoup depuis quelques années, visant à réduire la place – techniquement le terme employé est la primauté – des notes [voir Note 1]. Mais le système évolue dans une voie délétère :

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Affelnet fragilise redoutablement les plus faibles…

Le système scolaire français est inégalitaire : l’école française donne moins à ceux qui ont moins. C’est suffisament largement commenté pour en devenir un élément de base. Vous pouvez lire à ce sujet le rapport de 2016 du Cnesco (Centre national d’étude des systèmes scolaires) [voir Note 1].

Affelnet est dans la droite ligne : ce système pour l’affectation en seconde défavorise les élèves les plus faibles. D’abord en ayant un volume de choix de lycée basé sur les notes, mais surtout en enchainant les éléments algorithmiques qui compliquent leur affectation, et en condamnent une part des élèves à être non affectés (dès qu’ils sont dans une grande ville).

Il est évident que le principal défaut d’Affelnet – son absence de mixité sociale du fait des lycées de niveau – ne sera pas corrigé simplement. Pour cela, il faudra introduire la règle des trois tiers (voir notre article Il faut mettre en place la règle des trois-tiers qui atteint l’objectif de mixité sociale et scolaire) et revoir les DHG pour augmenter les marges de gestion.

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Principe général de fonctionnement d’Affelnet

Affelnet 2nde est l’outil NATIONAL permettant l’affectation des élèves en classe de 2nde dans des lycées sur la base d’un système de points. Ces points sont issus de bonus et de points représentant le travail de l’élève. Ce système est décliné de manière différenciée dans chaque académie, qui peut jouer sur de nombreux paramètres, seuils et surtout bonus.

En 2020-2021 a été introduite dans Paris une sectorisation à la carte (lycées « de Secteur ») qui devrait servir de modèle et être étendue à d’autres académies. On constate un mouvement encore lent vers l’homogénéisation des différentes procédures.

Affelnet intervient après l’orientation, qui est le processus qui indique si vous serez affecté en voie professionnelle ou en voie GT, ou en 1ère année de CAP. La première étape de l’orientation est le conseil de classe du 2nd trimestre, où l’on vous informe de la décision provisoire, qui sera définitive pour plus de 90% des élèves (bien souvent donc à l’issue du conseil de classe du 2nd trimestre vous savez dans quel voie l’élève sera orienté. En cas de souci lisez notre article L’orientation : en cas de désaccord).

C’est un système qui crée de la déception en mal affectant 25% à 30% des élèves. Il y a même des élèves qui n’ont pas d’affectation (lire Les non-affectés algorithmiques : une multitude de cas et Les non-affectés structurels : une transgression de toutes les règles administratives, et une négation du simple respect dû aux élèves).

Pour les élèves orientés en voie Pro ou GT, Affelnet calcule pour chaque élève un nombre de points :

  • en fonction de ses notes et de points acquis via le socle de compétences sur l’année de 3ème ;
  • auquel on ajoute divers bonus, qui peuvent être objectifs et dépendre de son parcours, de sa santé, de son statut de boursier, mais aussi parfois totalement non circonstanciés comme son département, et même à Paris la richesse du quartier où est situé son collège (nouveauté 2020-2021).

En pratique on constate que les bonus géographiques sont beaucoup plus importants que les points liés aux notes des élèves. Mais ce n’est pas fondamental [voir Note 1]. Ce qui est fondamental, c’est la proportion d’élèves qui ont tel ou tel bonus.

Ces calculs sont décrits précisément dans l’article Le processus complet d’affectation – les calculs, qui permet aussi de découvrir les très nombreuses erreurs et incohérences de l’algorithme.

Ensuite, en respectant le calendrier, les élèves choisissent des « vœux » de lycée. Ces vœux sont ordonnés, et en général le « préféré » est en 1er (sauf en cas de demande d’une formation à Recrutement Particulier, lire Les formations à Recrutement particulier – Hors PAM). De notre point de vue, ce terme « vœux » est un abus de langage mal venu : il n’y a aucun « vœu » (même étymologie que le verbe « vouloir ») quand on est contraint par un système à choisir un lycée où l’on ne désire pas aller. Notez bien que si la décision d’orientation en seconde générale et technologique est incertaine, il est préférable d’envisager également des vœux pour une formation professionnelle. Mais une phase du calendrier permet d’ajuster les voeux post conseil de classe définitif du 3ème trimestre (il est même possible de faire appel).

En étant basé uniquement sur des points pour faire des choix, Affelnet peut semble égalitaire – ou au moins méritocrate. Mais est en fait c’est un système intrinsèquement injuste, puisque cela revient à dire que les élèves scolairement défavorisés (qui ont donc moins de points) ont un panel de choix réel bien inférieur aux autres (même si la version parisienne 2020-2021 atténue un peu cet effet).

On pourrait être tenté d’argumenter que les bonus sont là pour rouvrir ce choix et remonter les plus faibles. Mais ils sont mal étudiés (sauf pour la voie Pro, où un effort a été fait). D’abord, en analysant les différentes circulaires, on se rend compte que la carte des bonus est complètement incohérente en France (voir L’invraisemblable nombre de bonus Affelnet en France, tellement inégalitaire).

Si on les analyse un peu plus, on s’aperçoit que les bonus loupent complètement ce but simple, remonter les plus faibles. Leur assiette est bien souvent trop élargie (à Paris, les 3 bonus IPS de 0, 600 ou 1200 points touchent chacun 1/3 des élèves), et surtout leur valeur relative peut être de 15 fois celle des notes (lire Il faut fixer pour toutes les académies une valeur relative maximale des bonus par rapport aux notes).

Et donc, du fait de cette assiette bien trop large des bonus, les élèves scolairement défavorisés – et donc bien souvent aussi socialement défavorisés – ont toujours bien moins de choix que les autres ! (lire pour plus de détail Affelnet fragilise les plus faibles, et notre Avant-propos sur la dimension sociale et politique d’Affelnet, et les problèmes qu’il entraine)

Nationalement, Affelnet est souvent une formalité pour les élèves : dans de nombreux cas, il n’y a qu’un seul lycée possible en fonction du lieu de résidence. L’affectation est alors assez transcendante. En revanche, dans tous les autres cas (grandes villes par exemple), Affelnet a pour effet de faire apparaitre une nouvelle notion, le seuil d’entrée en lycée : c’est ne nombre de points qu’avait le dernier élève affecté dans le lycée (voir Que représente le seuil des lycées dans Affelnet ?).

Schématiquement, la mécanique d’Affelnet est simple : les points des élèves des élèves qui ont demandé un même établissement sont comparés, et ceux qui ont le plus de points y sont affectés. Comme un élève peut faire jusqu’à 10 ou 15 vœux (on verra le problème posé par le nombre de vœux dans Une rupture d’égalité dans le nombre de vœux possibles ?), s’il n’est pas affecté sur son vœu n°1, il peut l’être sur le n°2, puis sur le n°3, etc. En même temps, tous les élèves qui sont déjà affectés voient leurs autres vœux retirés des listes. Le principe de l’algorithme est un peu plus complexe, mais c’est globalement cela. Par contre, l’algorithme souffre de beaucoup de défauts. C’est ce que nous démontrons dans notre article Il faut revoir le modèle algorithmique.

Si à l’issue de l’examen de ses « vœux » l’élève n’est toujours pas affecté, il devient « non affecté » et passe au tour n°2 (ou Tour Suivant n°1 pour certaines académies). En pratique là encore c’est un peu plus complexe, notre article Les tours d’Affelnet vous décrit les différents tours d’Affelnet.

Toutes cas histoires de « vœux » et de « tours » nous amènent à parler longuement du calendrier (décrit dans Le calendrier d’Affelnet).

Enfin, nous vous décrivons le tout le processus pour faire les choix (les « vœux ») dans l’article Le processus complet d’affectation – faire ses choix.


[Note 1] : Si absolument tous les élèves on 1 000 000 de points de bonus, alors ce bonus ne différencie plus deux élèves, puisqu’Affelnet est une histoire de tri. Par contre, malheur à l’élève qui ne les as pas. En pratique, on démontre que dès qu’il dépasse quelques centaines de points, un bonus a un véritable impact sur l’ordre dans lequel les élèves sont affectés.

Le processus complet d’affectation – faire ses choix

Affelnet en quelques mots :

  • sa finalité est avant tout de gérer le stock d’élèves (comme on gère les stocks dans l’entrepôt d’un GAFAM, nous le démontrerons dans Quelle est la VRAIE finalité d’Affelnet ? Gérer des stocks d’élèves…) (alors que ce devrait être un logiciel respectant l’humain, comme nous le monterons- dans Modifier le système, pour redonner sa place à l’humain) ;
  • sa modalité est de réduire les coûts, car les Dotations Horaires Globales (DHG) sont en baisse systématique, en regroupant les élèves dans des pôles de lycées, en utilisant au mieux le leurre que sont les EIE (lire Que sont les EIE (enseignement inter-établissement) ?) ;
  • finalement, Affelnet n’est rien d’autre qu’une opération de classement (tri) où prenant en compte avant tout des bonus (les géographiques comptent le plus en général) auxquels s’ajoutent des points représentant le travail de l’élève pour donner une impression de méritocratie (mais Affelnet calcule mal, ou plutôt pas comme c’est indiqué, nous le démontrons [voir Note 1] ).

Toute le processus est encadré par un calendrier assez complexe (voir Le calendrier Affelnet réel type).

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Les non-affectés structurels : une transgression de toutes les règles administratives, et une négation du simple respect dû aux élèves.

En 2 mots, les non affectés structurels correspondent aux élèves pour lesquels les Rectorats oublient de prévoir des places. Par exemple quand il y a 15000 élèves à affecter pour 14700 places.

Une question simple se pose alors pour eux. L’ouverture de la saisie des fiches de vœux intervient début mai. Dès cette date il est possible de savoir combien de dossiers ont été émis par les principaux de collège. La phase de saisie est forclose un peu plus tard, puisque l’ultime étape est la saisie simplifiée pour les établissements hors académie (accès réservé uniquement pour les élèves emménageant dans l’académie et les candidats à certaines formations spécifiques ou inter-académiques). Cette année 2020-2021 elle a été prolongée jusqu’au jeudi 11 juin 18h00.

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Debunkage rapide de la réforme Affelnet Paris 2020-2021

Dans cet article nous démontons les mécanismes de la réforme Affelnet Paris 2020-2021 qui, selon ce que nous avons pu savoir, a été un terrain d’expérimentation de portée nationale.

Nous démontrons comment cette réforme, présentée comme sociale, est en fait une réforme purement économique, ayant pour but de regrouper les élèves par pôles de lycées visant à terme la normalisation des parcours, la diminution des groupes de spécialités, et ainsi la réduction du nombre d’enseignants.

Nous démontrons la construction stratégique qui a consisté à disséminer les meilleurs élèves de Paris Centre , du 5ème et du 6ème, en leur bloquant l’accès à leurs lycées traditionnels (ce fait a d’ailleurs été indiqué par la DASEN Madame Claire Mazeron dans l’article 2021/02/24 – France3 Paris – Affelnet : l’inquiétude des parents des futurs lycéens face à un projet de nouvelle carte scolaire).
Cela a été fait en mettant en place deux stratégies :

  • Le bonus IPS dont la carte recouvre quasi exactement la carte des mentions Très Bien au DNB des collèges, permettant donc de distinguer les collèges ayant beaucoup de « futures têtes de classe » tout en se cachant derrière un argument social ;
  • Une carte de choix de 5 lycées de secteur 1 basée sur le nombre de collèges ayant tel ou tel lycée : plus de collèges à bonus IPS 600 ou 1200 ont ce lycée, moins il est accessible aux collèges à IPS 0, alors qu’ils figurent dans la liste des 5. Ainsi, Charlemagne (proposé 21fois), Sophie Germain et Turgot (proposés 19 fois) Hélène Boucher (proposé 18 fois) deviennent ainsi quasiment inaccessibles sans bonus IPS. D’où l’hécatombe pour ces élèves.

Le principal versant économique réside dans la dispersion des élèves des meilleurs collèges dans les lycées peu attractifs. Ce qui a été présenté comme la conséquence inattendue d’une réforme basée sur un facteur social – l’introduction du bonus IPS – est selon nous un plan déterminé. Il suffisait de constater – au moins à Paris – la concordance de la carte des mentions TB au DNB avec celle baptisée « carte des IPS ». Cette dispersion, en créant des « têtes de classe » censées tirer les classes vers le haut, permettra de réduire une fois de plus les parts des dotations affectées aux dédoublements de classes, au heures complémentaires, etc.

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Les « bons élèves » ne doivent pas servir de plan B pour cacher la diminution des Dotations Horaires dans les lycées.

Dans un article de france3-regions du 24 février 2021 [voir Note 1], Madame Claire MAZERON, récemment promue Directrice Académique des Service de l’Education Nationale (DASEN) déclare, parlant des problèmes de mixité scolaire : « Nous favorisons également la mixité scolaire. Avec cette réforme, des élèves de niveau intermédiaire pourront aller dans dans de bons lycées. Des têtes de classe pourront se retrouver dans des lycées intermédiaires. Nous souhaitons mieux répartir les élèves. Jusqu’à présent les bons collégiens allaient dans les bons lycées et les élèves fragiles dans des lycées moins bien classés. La réforme va enclencher une mécanique et cela va équilibrer les niveaux« .

Alors que le Rectorat fait croire aux parents que ce sont les notes de leur enfant qui compteront, ces propos dans la bouche de la DASEN démontrent que l’affectation devient basée sur le niveau social des parents des élèves !

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Avant tout, le choix de l’IPS comme indice pour Affelnet est invraisemblable.

Avant même d’étudier la manière dont fonctionne le bonus IPS (Indice de Position Sociale), penchons nous sur son élément de base, l’indice IPS. L’indice IPS est un indice complexe, qui intègre des notions de revenu, de métier, et relatives au foyer. Il peut vite souffrir de nombreuses irrégularités s’il est mal employé, comme à Paris. Il faut pour Affelnet soit réformer son usage, soit changer d’indice.

Nous explicitons en particulier combien le choix de l’IPS pour Affelnet ne repose sur aucune construction scientifique. En effet, comme nous le montrons, un juste emploi de l’IPS est délicat. Mais à Paris 2020-2021 ce n’est pas ce qui arrête le Rectorat, puisqu’en pratique l’IPS doit être utilisé pour argumenter des baisses de budget [voir Note 1].

En introduisant l’IPS qui quantifie non plus les revenus mais le niveau de « position sociale », le Rectorat souhaite donc prendre en compte combien les parents peuvent aider leurs enfants, non plus sur la base des moyens financiers mais bien d’un mix financier et culturel. Et conclut que plus les parents pourront aider leur enfant, moins les établissements publics auront besoin d’être aidés.

Pour tout savoir sur la construction de l’IPS, vous pouvez lire Qu’est ce que l’indice IPS qui sert de base à Affelnet et aux baisses de DHG ?

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Dans Affelnet : une absence totale de base scientifique au choix de l’IPS

L’IPS est nouvel indice défini en 2016 par Thierry Rocher, chef de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance). Il part d’un constat de vieillissement des études basées sur les CSP et propose un indice d’observation.

Cet indice, délicat à manier et qui impose de la calculer avec précision pour chacune des personne de l’étude dans lequel on souhaite l’intégrer, est adopté par le MENJS en 2019, qui en propose une version simplifiée à un extrême beaucoup trop extrême pour lui conserver du sens. Schématiquement, le MENJS reprend les CSP auxquelles il n’adjoint pas les données sociales qui font de l’ISP ce qu’il est. Il se contente de le renommer.

A Paris, Le Rectorat décide l’employer dans Affelnet en 2020-2021, sans à aucun moment se poser la moindre question sur l’adéquation de son indice et des populations étudiées : le but est de trouver un véhicule pour sa réforme qui permette d’identifier les établissements regorgeants de bons élèves pour les disperser, tout en donnant l’impression d’une action sociale. Le pseudo IPS du MENJS est parfait pour cela : il intègre l’étique « sociale » dans son nom, et recouvre parfaitement la carte des établissements ayant le plus de mentions TB au DNB.

Et donc à Paris, l’indice n’est utilisé que dans un seul but, économique. Il permet de déterminer les établissements en fonction de leurs résultats pour réduire les ressources économiques des meilleur via les DHG, augmentant celles des plus faibles (le bilan reste toujours à la diminution globale des moyens [voir Note 1]). Mais sans dire que cette construction n’est qu’économique, mais en faisant croire qu’elle est sociale.

En lui-même, l’IPS a du sens

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Pourquoi l’#IPS viole-t-il selon nous le RGPD ?

La fiche de saisie des renseignements remise aux parents est mise en place pour alimenter l’application SIECLE. Cette fiche de saisie de SIECLE précise :

« A quoi sert cette fiche ? Les renseignements demandés sur cette fiche sont indispensables à l’établissement pour gérer la scolarité de votre enfant (inscription, changement d’établissement, affectation, inscription aux examens, etc.) et pour vous contacter à tout moment, en particulier en cas d’urgence. Ces informations sont également utiles à l’académie et au ministère pour mieux connaître les établissements et contribuer à leur bon fonctionnement. C’est pourquoi il est important de remplir cette fiche avec soin et de signaler dès que possible à l’établissement tout changement intervenant en cours d’année.« 

Or, le Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016, relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données (ouf) dit RGPD indique :

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