#Affelnet : Affecter nos enfants au lycée via un algorithme, c’est agir avec eux comme les GAFAM

La vie de nos enfants est de plus en plus réglée par des algorithmes. Est-ce une raison pour que l’Etat lors de leur affectation se permette d’agir à l’instar d’Instagram, TikTok ou Facebook, et mette en place un algorithme mal documenté, non maîtrisé et aux finalités masquées ?

Plus un seul discours de responsable du système éducatif français qui ne parle de mixité scolaire et sociale. Dans la réalité, pourtant, le constat est tout autre. Aujourd’hui, le système national Affelnet – qui affecte les élèves en 2nde – évolue à bas bruit vers un mode de gestion de plus en plus basé sur des bonus, de moins en moins sur les notes qui restent pourtant la référence cardinale, et jamais sur la personne qu’est l’élève.

Le cadre du système est socialement inégalitaire

L’affectation au lycée est pour les élèves une des premières étapes qui conditionne leur vie. C’est aussi un moment où il semble possible – si le contexte de l’académie s’y prête, par exemple en offrant localement un choix de plusieurs lycées – d’introduire une forme de mixité, sociale ou scolaire. Or, dans ces académies, on constate d’année en année une baisse significative du taux de satisfaction des parents.

Mais si gérer simultanément ces deux formes de mixité peut de prime abord sembler un but à atteindre, c’est en fait une gageure : rien dans la réunion de ces deux objectifs ne garantira d’obtenir un système éducatif plus performant. D’autant plus que dans tous les cas, mixité n’est pas égalité de traitement.

La mixité n’est pas un principe auto-suffisant, elle doit être accompagnée d’une véritable politique d’égalité. Or, dans le cadre de l’affectation au lycée, il est aisé de démontrer que le système est inégalitaire, et surtout trompeur. Ainsi, quel intérêt à faire rentrer 10 classes de 2nde dans un établissement prestigieux si c’est pour n’y trouver que 7 classes de 1ère ?

Le système est biaisé (calculs, bonus)

L’algorithme Affelnet est un système perclus de défauts, de « bugs », d’erreurs de principes qui ont pour conséquence une grande froideur opérationnelle.

  • Les bonus sont à normaliser : pas deux académies où ils soient les mêmes, où ils aient les mêmes valeurs. Ainsi, les bonus géographiques varient entre 9000 et 32000 points selon les académies, quand  la différence entre le meilleur élève et un autre à peine admis à passer en 2nde n’est réellement que de 2100 points, au maximum.
  • Les bonus n’ont donc plus que marginalement leur rôle impulseur : en devenant tellement prédominants, ils ségréguent, échelonnent les élèves en groupes plus ou moins prioritaires. Les bonus sont aussi plafonnés parfois, ce qui a pour effet d’en priver ceux qui en ont le plus besoin.
  • L’algorithmique est faussée, émaillée de nombreuses erreurs : les plages de notes sont en nombre trop faible, la fonction dite d’harmonisation n’harmonise rien, les résultats obtenus ne sont pas ceux attendus, en particulier en défavorisant les élèves qui progressent ;

Le système ne tient pas compte de l’humain

Au-delà de l’algorithme, le système Affelnet ne doit pas être pensé comme un logiciel de gestion de stock de GAFAM. Sa finalité ne doit pas être de tasser dans une classe, parfois 24, mais bien plus souvent 37 élèves. En revanche, il doit tenir compte de l’être de l’adolescent, de sa personnalité, de ses attentes, de ses demandes mais aussi de ses besoins. Affelnet doit mettre en place une stratégie pour les enfants TDA ou pour les autres handicaps n’ouvrant pas voie à une affectation prioritaire.

Affelnet est basé sur des « vœux ». Mais pour émettre des vœux pour un lycée, encore faut-il vouloir, souhaiter y aller. Comment faire, quand il n’y a aucun site à jour, complet, qui présente les établissements, leurs spécialités, leurs classes de 1ère ? Comment faire quand perdurent les ruptures d’égalité, quand entre deux départements les droits et les nombres de « vœux » possibles diffèrent ?

Enfin, les élèves qui ont eu la malchance statistique d’être non-affectés – car l’affectation est avant tout une question d’offre et de demande bien plus que de notes – voient leur affectation repoussée jusqu’en septembre ou octobre. Leurs recours n’aboutissent majoritairement qu’à des courriers standardisés signifiant un refus ou un manque de place.

Affelnet n’est pas un terrain d’expérimentation : au bout, il y a des personnes en devenir.

Après avoir analysé la quasi-totalité des versions académiques d’Affelnet, nous n’avons jamais trouvé ce simple élément de bon sens : chercher à affecter les élèves en fonction de ce qu’ils sont, en tenant compte de leur orientation scolaire et de leurs préférences. Au contraire, nous avons constaté, à Paris, qu’ils étaient affectés en fonction de facteurs inappropriés tels que le salaire moyen dans leur collège, ce qui est loin de refléter la situation particulière de l’élève.

L’argument de la mixité amène les recteurs ou DASEN à faire de l’affectation un terrain d’expérimentation, ajustant dans leur académie tel paramètre ou telle variable dans le but de masquer le manque de moyens investis dans l’éducation. Leur objectif est alors bien plus économique que scolaire ou social, visant à terme la normalisation des parcours, la diminution des groupes de spécialités, et ainsi la réduction du nombre d’enseignants.

Ainsi les responsables du système éducatif français, sans tenir compte de nos dégringolades sur l’échelle PISA, s’obstinent de plus en plus à tenter de nouveaux paramétrages, de nouvelles exceptions, sans faire l’analyse simple que si le système dysfonctionne, ce n’est pas du fait d’un sous-facteur mal ajusté, mais bien d’une impéritie générale du système.

Ce qu’il faut faire.

La France est de ces grands pays développés où le poids de l’origine sociale impacte le plus sur les performances et les trajectoires scolaires, jusqu’à en être quasiment déterministe, bien loin du système finlandais par exemple. Les élèves aux résultats insuffisants y sont le plus regroupés, et l’écart de réussite selon l’origine sociale y est prégnant.

L’affectation en seconde est un moment charnière de la vie de l’élève. Il faut réformer cette procédure et la corréler concrètement à l’orientation, pour que cette transition débouche sur la scolarité choisie que promettent les discours ministériels.

Tout d’abord, le Ministère doit retravailler urgemment l’algorithme Affelnet et son usage, notamment les points suivants :

  • Corriger l’algorithme de ses erreurs de calcul, qui accroissent les injustices ;
  • Rendre le système transparent via un site web national d’information, de simulation et de saisie des vœux, et mettre en open-data l’ensemble des résultats (anonymisés) des années précédentes, académie par académie ;
  • Réformer les bonus, supprimer leur plafonnement et réglementer leur amplitude ;
  • Affecter l’élève selon qui il est, les langues qu’il étudie, ses rythmes, ses forces comme ses handicaps.

Ensuite, il faut instaurer la mixité scolaire et sociale en mettant en place la règle des trois tiers, qui consiste à réserver des places à proportion dans chaque établissement :

  • Très bons élèves : 1/3 des places ;
  • Bons élèves : 1/3 des places ;
  • Elèves à soutenir : 1/3 des places.

Toutefois, nous le savons bien, le moyen le plus efficace pour désengorger l’affectation et la rendre réellement juste est de bâtir de nouveaux lycées et de leur allouer plus de moyens, à la hauteur de nos ambitions pour notre jeunesse.

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