Un avant-propos bis sur les évolutions d’Affelnet, et sur ce qu’Affelnet Paris 2020-2021 n’a pas réussi à faire

S’interroger sur ce que devrait être l’affectation… Au vu des différences entre les Affelnet académiques, on en vient à se demander si quelque autorité s’y est vraiment attelé. Nous venons d’évoquer le contexte inégalitaire d’Affelnet (voir Un avant-propos sur le contexte social et politique d’Affelnet.).

Si l’on pense en termes de chances de réussite, l’affectation ne devrait pas se faire sur les notes, mais avant tout sur l’être qu’est l’élève (voir Dis maman, c’est quoi une « bonne affectation » ?, et plus généralement tout notre chapitre Tout sur… Ce qu’il FAUT faire pour transformer Affelnet).

On ne peut pas nier qu’Affelnet évolue beaucoup depuis quelques années, visant à réduire la place – techniquement le terme employé est la primauté – des notes [voir Note 1]. Mais le système évolue dans une voie délétère :

  • Les « bonus » comptent de plus en plus, à tel point qu’à Paris les notes et le socle des élèves n’interviennent plus que pour quelques pourcents dans le processus d’affectation ;
  • D’ailleurs, du fait de la prédominance de leurs valeurs, les bonus n’en sont plus vraiment : ils ne sont plus là pour donner un coup de pouce à un élève défavorisé mais bien pour faire entrer l’élève dans une grille fixant l’ordre de son affectation ;
  • Dans le même temps la liste des lycées accessibles est de plus en plus « fléchée », ce qui ne pourra qu’amener de l’insatisfaction du côté des familles.

Dans ce cadre qui apparaît, faire baisser l’impact des notes fera baisser l’impact de la partie algorithmique et de ses erreurs. Mais l’injustice d’Affelnet s’en trouvera renforcée, tant que la stratégie de base de l’affectation ne prendra pas en compte l’élève et restera la gestion du stock d’élèves (nous le démontrerons plus loin dans Quelle est la véritable finalité d’Affelnet ? Gérer des stocks d’élèves…), à moindre coût.

Ainsi, la réflexion qui a conduit à la réforme à Paris en 2020-2021 – avec un système dont on a dit qu’il est appelé à servir de maquette nationale – n’a pas vraiment changé les marqueurs stratégiques :

  • 1 axe principal : un axe immuable, gérer le stock d’élèves (au lieu de chercher à affecter des élèves au mieux) ;
  • 4 axes secondaires :
    • Axe secondaire 1 : Faire évoluer le système pour faire tendre les coûts de l’enseignement vers un minimum (l’idée trouvée a été de regrouper les lycées par pôles de lycées, revenant à un découpage en 9 districts, mais moins formels qu’auparavant) ;
    • Axe secondaire 2 : Diminuer le nombre de non-affectés (parce que c’était une des deux causes du mécontentement des parents, très visible et bien relayé par la presse) ;
    • Axe secondaire 3 : Faire que ce système apparaisse quand même partiellement méritocrate ;
    • Axe secondaire 4 : Communiquer positivement sur cette réforme et donner l’impression de « moderniser » le système (cette année a consisté à permettre aux parents de faire leur saisie de « vœux » via internet, ce qui était une réforme avortée de l’année dernière, et qui permet surtout de réduire la charge de travail des personnels de direction).

Nous démontrons et mettons en contexte tous ces points dans notre article Debunkage rapide de la réforme Affelnet Paris 2020-2021.

Pour la mise en place de cette expérimentation, la DSDEN Paris – appuyée par le Rectorat – a choisi une voie radicale : la communication à outrance (pour répéter que « ce sera mieux qu’avant« ), mais en masquant ses objectifs. Dans cette communication étonnamment dense, elle a mis en avant des arguments de proximité géographique, de mixité scolaire et de fin des lycées de niveau [voir Note 2] pour essayer de convaincre et d’entraîner parents et associations de parents, mais sans non plus jamais démontrer ces arguments. Elle a mis en avant les rapports d’économistes [voir Note 3]. Elle s’est appuyée sur les associations de Parents d’Elèves Parisiens (la FCPE75 étant celle qui a le plus communiqué dessus [voir Note 4]).

Mais elle a commis de nombreuses erreurs, la plus grande étant de croire que personne ne comprendrait avant juillet un système publié en février. Pourtant, les parents et la presse ne s’y sont pas trompées. Tous ont rejeté quasi immédiatement et quasi unanimement cette réforme [voir Note 5]. Les politiques non plus, qui ont demandé en Conseil de Paris la surveillance de cette réforme, voire son retrait (voir 2021/03/09 – Le Conseil de Paris s’interroge sur la réforme Affelnet et demande des garanties.).

Malgré toutes ces interpellations, DSDEN et Rectorat de Paris sont restés sourds, et ont mené cette expérimentation jusqu’au bout. Du fait de ses objectifs réels avant tout économiques et détournés des élèves, cette réforme a été un fiasco, ségrégant plus que jamais les élèves, obtenant un taux de satisfaction encore plus faible que les années précédentes, et générant une avalanche de recours.

La mixité sociale ne se décrète pas, elle ne peut s’obtenir qu’en respectant les familles, sinon elle aboutit à un rejet unanime (et à de l’évasion vers le privé).

Les bonnes solutions étaient pourtant connues :

Ce site va expliquer la mécanique d’Affelnet et d’Affelnet Paris 2020-2021, et démontrer de manière factuelle tous ces éléments. Notre but est de fournir des pistes sur les manières d’arriver à prendre en compte les élèves tout en réussissant leur affectation. Et en ouvrant un véritable dialogue honnête avec les familles.


[Note 1] : Sur ce point la documentation nationale sur Affelnet indique maintenant « Le recteur prend en compte : les vœux de la famille, le secteur géographique. Il peut aussi prendre en compte : les résultats scolaires, l’avis des chefs d’établissements d’origine et d’accueil« . En laissant planer ainsi le doute, le MENJS prépare un futur avec une affectation totalement dirigiste.

[Note 2] : voir 2021/03/03 – Le Monde – Mixité sociale : petite révolution à Paris dans l’affectation en lycée

[Note 3] : Julien Grenet est membre du Conseil Scientifique de l’Observatoire Parisien de la Mixité sociale et de la Réussite éducative (2018) (lire sur le Blog de Colombe Brossel) et a présidé le 1er comité de suivi de la réforme AFFELNET Seconde GT organisé par le Rectorat de Paris (même si lors du comité du 12 avril il a précisé « qu’il n’a aucune implication dans la refonte du système, et qu’il participe au comité de suivi en tant que chercheur extérieur« , lire sur le site de la FCPE75, contenu réservé aux adhérents). C’est entre autres ce Comité qui a validé les taux-cibles de boursiers (lire sur le site de l’académie de Paris). Il a dans de nombreux articles de presse affiché des positions très en faveur de cette réforme, dont ce très candide « La précédente version d’Affelnet avait créé des lycées de niveau, ça en était devenu une procédure très anxiogène pour les parents. » (lire sur le site de BFMTV). Comme si les lycées de niveau avaient attendu Affelnet pour exister…
Julien Grenet est aussi Directeur de recherche au CNRS et Professeur associé à l’École d’économie de Paris.

[Note 4] : La FCPE75 a été très active lors de cette réforme Affelnet Paris, comme elle l’indique sur son site internet : sa communication avec le Rectorat a été très en avance de phase :

  • Le 18 novembre 2020 : la fcpe75 publie un « Sondage sur les objectifs prioritaires pour l’affectation en seconde » (réservé aux adhérents, lire sur le site de la fcpe75)
  • Dès le 14 janvier 2021, la fcpe75 publie un article « Evolution majeure de la procédure d’affectation en seconde (Affelnet-mis à jour)! » où elle annonce en avant-première  que « la procédure Affelnet telle que nous la connaissons depuis de nombreuses années a vécu. » (article en libre accès, lire sur le site de la fcpe75)
  • Puis le 19 février 2021 elle annonce la « Position de la fcpe paris sur la refonte d’Affelnet » où elle indique : « (…) il semblerait que nous ayons été entendus. Dès la rentrée 2020, le Rectorat a engagé des consultations avec les deux principales fédérations de parents d’élèves, ainsi qu’avec les organisations représentatives des personnels de direction. La FCPE Paris étant l’organisation la plus représentative des parents d’élèves, avec près de 60% des suffrages aux élections du 2nd degré, nous avons pleinement assumé notre rôle en organisant soigneusement la circulation de l’information entre les instances académiques et les représentants de parents d’élèves. » (article en libre accès, lire sur le site de la fcpe75)
  • Enfin le 2 mars 2021 la FCPE Paris annonce l’ « Audience consacrée à Affelnet-seconde du 17 février 2021 » où elle indique que « Cette visioconférence a été proposée par le Rectorat à la demande des représentants académiques de la FCPE. », reprenant étrangement le terme « académique » qui est plutôt un terme de langage rectoral… (article en libre accès, lire sur le site de la fcpe75)
  • Finalement, par la voix de sa Présidente Ghislaine Morvan-Dubois la FCPE 75 s’annonce satisfaite avant même que les résultats ne soient tous rendus publics : « On demandait cette réforme depuis des années. On voulait notamment que les élèves aux dossiers un peu plus moyens puissent intégrer un lycée qui est proche de chez eux, ce qui n’était pas toujours le cas avec l’ancien algorithme. On sent que ça va dans le bon sens, même si on n’a pas encore les résultats définitifs.» (lire sur le site du Figaro)

[Note 5] : Parcourez à ce sujet ces pages qui montrent l’ampleur de la mobilisation contre la réforme Paris 2020-2021 :

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