Affelnet : L’invraisemblable nombre de bonus en France, tellement inégalitaire

Il y a en France – quand on compare les académies – plus d’une trentaine de bonus. Et puis, s’il y a des bonus, il y a aussi des coefficients de pondération minorants ou majorants appliqués sur le barème. Nous avons classé les bonus selon 7 catégories :

  • Bonus sur critères sociaux ;
  • Bonus sur critères géographiques ;
  • Bonus spécifiques aux élèves en voie Pro ou fragiles scolairement ;
  • Bonus bien aimés des familles ;
  • Bonus pour raisons médicales, bien trop rares ;
  • Bonus divers ;
  • Bonus qui ont probablement du sens mais qui manquent de transparence et qu’il faudrait exercer autrement.

Il apparait aisément qu’une grande part de ces bonus a une justification « a priori ». Toutefois, l’examen de la liste montre qu’il y en a de trop nombreux et qu’aucune lisibilité nationale n’est possible. Une réflexion et une homogénéisation sont nécessaires.

Les Bonus :

Voici une liste probablement très incomplète des bonus que nous avons repéré en France dans différentes circulaires académiques :

Les bonus sur critères sociaux :

  • Bonus IPS (introduit en 2020-2021, remplacé par le bonus IPS): A Paris, c’est un bonus attribué aux élèves de 3emes scolarisés en fonction du « niveau de l’Indice de Position Sociale », indice qui sert aussi à calculer les DHG. Cet indice est a priori une moyenne de l’indice individuel des élèves du collège, mais sa collecte, son calcul et son respect du RGPD posent de nombreuses question sur sa sincérité et sa représentativité ; Il est très critiquable sur de nombreux points, voir Qu’est ce que l’indice IPS qui sert de base à Affelnet et aux baisses de DHG ?)
  • Bonus boursier : Les élèves boursiers bénéficient d’un bonus qui a pour but de compenser leurs difficultés de travail. Ce bonus a souvent l’inconvénient d’être plafonné dans son attribution, ce qui fait que ceux qui en ont le plus besoin ne l’ont pas toujours, cela dépend de leurs choix (voir Remplacer le bonus boursier par un bonus social progressif et non plafonné). A noter que les enfants souffrant de troubles ou de handicaps n’ont pas de bonus pour compenser leurs difficultés de travail (voir Mettre en place une stratégie pour les enfants TDA (ou autres handicaps) n’ouvrant pas voie à une affectation prioritaire)
  • Bonus REP/REP+ (disparu en 2020-2021, remplacé par le bonus IPS) : A Paris, c’est un bonus attribué aux élèves de 3emes scolarisés depuis 4 ans dans un collège classé en Réseau d’Education Prioritaire (REP) ou REP+, et qui ne bénéficient pas du bonus boursier. Comme l’affectation en collège se fait très majoritairement sur la base de la carte scolaire, c’est à dire du lieu de résidence, il manque un peu son but initial en touchant aussi des familles aisées, mais constitue une vraie récompense pour les enfants dans le circuit REP/REP+. Une réforme pour en exclure les parents les plus aisés ou l’adosser au QF (lire si ce n’est déjà fait Remplacer le bonus boursier par un bonus social progressif et non plafonné) aurait pu avoir du sens.
  • Bonus Social : ah non, celui-là n’existe pas, c’est notre proposition pour remplacer le bonus IPS et le bonus Boursier (là encore, voir Remplacer le bonus boursier par un bonus social progressif et non plafonné).

Les bonus sur critères géographiques :

  • Bonus « priorité académique » et/ou
  • Bonus « zone géographique »  et/ou
  • Bonus « Secteur » (Paris uniquement je pense) : accordé à tous les élèves du secteur de recrutement des lycées publics, ce bonus garantit une place à tous les élèves du secteur[1]. A Paris, le bonus secteur est en 2020-2021 divisé en 3 sous-bonus, correspondant pour chaque collège à une liste de lycées :
    • Secteur 1 très gratifiant (32640 points) : 7 lycées par collège, 5 spécifiques et 2 pour l’ensemble de l’académie ;
    • Secteur 2 beaucoup moins gratifiant (17760 points) : une 15aine de lycées par collège, théoriquement à moins de 25 minutes d’un temps de transport mal calculé (collège <-> lycée et non domicile <-> lycée) ;
    • Secteur 3 encore moins gratifiant (16800 points) : tous les autres lycées. En pratique le bonus Secteur 3 n’a servi qu’à obtenir des lycées désertés des parents. Mais aucun lycée attractif.
  • Bonus priorité régional : mis en place en inter-académique au sein d’une région, souvent pour des formations rares.
  • Bonus district : (disparu en 2020-2021, remplacé par le bonus Secteur) : mis en place à Paris, son poids dans le barème (9600 points sur 19200 maximum pour un non boursier) empêchait en pratique un élève de demander un des 3 autres districts que celui où il réside, ce qui était une volonté du Rectorat correspondant à une demande des associations de Parents d’Elèves. Contrairement au « Bonus priorité académique » et au « Bonus priorité régional », il restreint l’offre de choix au lieu de l’ouvrir. C’est donc un bonus négatif, qu’il convenait plutôt de nommer « Malus hors district ». Les districts étaient définis comme suit :
    • District NORD : 8e, 9e, 17e, et 18e arrondissements,
    • District EST : 1er, 2e, 3e, 4e, 10e, 11e, 12e, 19e, et 20e,
    • District SUD : 5e, 6e, 13e, et 14e,
    • District OUEST : 7e, 15e et 16e.
  • Bonus rapprochement entre établissement d’origine et établissement d’accueil : Permet de prioriser les élèves déjà scolarisés dans l’établissement d’accueil.
  • Bonus maintien dans l’établissement : utilisé pour les cas de redoublement d’élèves, qui de droit demandent à rester dans leur établissement d’origine.
  • Bonus Assouplissement de la carte scolaire (ACS) : voir dans la catégorie « Les bonus qui ont probablement du sens mais qui manquent de transparence et qu’il faudrait exercer autrement ».

Les bonus spécifiques aux élèves en voie Pro ou fragiles scolairement

  • Bonus pour élèves de 3e fragiles scolairement : en général pour la voie PRO, il peut être accordé aux élèves de 3e générale dont les résultats restent trop fragiles pour envisager une poursuite de scolarité en 2nde professionnelle. Dans ce cas, ils ont la possibilité de bénéficier d’une majoration de barème pour une affectation en 1re année de CAP (d’autres dispositifs avec bonus comme « PassPro » (spécifique IdF) existent), envisagez très sérieusement de les prendre). Pour cela leur candidature doit être examinée en commission départementale et obtenir un avis favorable.
  • Bonus 3e préparatoire à l’enseignement professionnel,
  • Bonus 3e préparatoire à l’enseignement professionnel,
  • Bonus 3e agricole,
  • Bonus CAP prioritaires SEGPA/ULIS/EREA :  de nombreuses académies mettent en place ce type de bonus pour l’affectation dans la voie PRO ou vers vers un CAP à public réservé. Il octroie suffisamment de points pour constituer une priorité pour une affectation en 1re année de CAP.
  • Bonus type « PassPro », « MONTANTPRO » : PassPro est une procédure en IdF destinée aux élèves intéressés par certaines formations PRO post-3ème. Le fait d’avoir complété la procédure donne droit à un bonus d’un barème généralement suffisamment élevé pour constituer une priorité (sauf bien sûr dans le cas des formations « en tension »).
  • Bonus MLDS : bonus pour des élèves MLDS candidats vers les CAP à publics prioritaires.
  • Bonus filière ou « famille de métiers » : correspond à la priorisation des élèves de certaines formations d’origine pour certaines formations d’accueil. Parfois limité dans sa délivrance à l’être au sein d’un même établissement.
  • Bonus passerelle : au contraire du bonus filière, s’applique aux élèves souhaitant changer d’orientation.

Les bonus bien aimés des familles

  • Bonus « fratrie » : on peut envisager sa possible généralisation alors qu’il existe dans de nombreuses académies, et qui correspond à une vraie demande des familles. Il peut l’être avec une valeur modeste dans un premier temps pour juger de son efficacité. Il est important en tout cas de se pencher sur son intérêt et de vérifier qu’il ne favoriserait pas l’entre-soi et la non-mixité. Son application peut aussi rester différentiée selon les académies sur la base de particularismes géographiques. Il a donc pleinement du sens si une règle forte pour la mixité sociale existe, comme la règle des trois-tiers (mais sans l’intégrer dans le calcul de l' »Indicateur de niveau rétabli », lire Il faut mettre en place la règle des trois-tiers qui atteint l’objectif de mixité sociale et scolaire.
  • Bonus premier vœux : il existe dans de nombreuses académies. Il est mathématiquement inutile dans les académies où le choix n’existe pas géographiquement. Il peut sembler donner de la solennité à la fiche de vœux… mais finalement c’est aussi un facteur d’augmentation de l’insatisfaction en cas d’échec, et est surtout un facteur de manipulation de l’algorithme de Gale et Shapley[2]. Il est sain de le faire disparaître partout et de communiquer en expliquant cette décision.

Les bonus pour raisons médicales

  • Bonus pour élèves souffrant d’un handicap,
  • Bonus pour élèves souffrant de maladie chronique invalidante : cela se fait dans certaines académies, mais c’est encore trop rare. A généraliser en ouvrant la liste des handicaps (TDA par exemple). Peut être étendu aux élèves bénéficiant d’une prise en charge médicale importante à proximité de l’établissement demandé.

Les bonus divers

Bonus relatifs aux sections sportives (sections sportives d’excellence (SES) et au sport de haut niveau (SHN)) : très « américain » dans sa mise en place, ce bonus apparait dans certaines académies. Les critères d’attribution restent cependant flous et mériteraient d’être précisés pour que ce type de bonus soit plus répandu.

Les bonus qui ont probablement du sens mais qui manquent de transparence et qu’il faudrait exercer autrement

  • Bonus dérogatoires,
  • Bonus éventuellement saisis en DSDEN,
  • Bonus DASEN ou IA-DASEN,
  • Bonus avis de gestion,
  • Bonus commission Pré-Affelnet,
  • Bonus Assouplissement de la carte scolaire (ACS) : Tous ces intitulés recouvrent la même chose : la possibilité pour la DSDEN, la DRAIO ou l’IA-DASEN d’affecter des bonus de manière discrétionnaire ou dérogatoire. Selon les académies, on peut voir fleurir les justifications les plus vagues :
    • Il permet « de prendre en compte des situations et des cursus particuliers (2-GT CCD, redoublement ou maintien, situations médicales, sportifs de haut niveau…)« .
    • Certaines académies sont encore plus « langue de bois » en les justifiant comme « favoris(ant) l’affectation de certains élèves qui présentent des besoins éducatifs particuliers« . Difficile de faire plus vague.
    • Une autre indique même « Au regard du dossier, un bonus pourra être attribué par l’adjoint au DRAIO ou l’IA-DASEN pour favoriser l’affectation souhaitée. »
    • Enfin, au titre de l’ACS, des bonus peuvent être attribués par les IA-DASEN à des élèves en situation de handicap, bénéficiant d’une prise en charge médicale importante à proximité de l’établissement demandé, en limite de secteur et proche de l’établissement souhaité ou devant suivre un parcours scolaire particulier (section sportive, activité artistique ou sportive à proximité).
  • Ces bonus sont certainement utiles mais du fait de leur forme dérogatoire ou discrétionnaire, ils devraient être supprimés et remplacés par des bonus « fléchés » qu’on leur préfèrera.

Les coefficients de pondération

Certaines académies appliquent des coefficients de pondération des notes selon le groupe d’origine.

L’exemple suivant est tiré de la page 39 de la circulaire académique de Bordeaux pour l’année 2021-2022 (affectation en juillet 2021) (à retrouver dans notre page Les circulaires Affelnet) :

Au total ainsi obtenu (socle + champ disciplinaires) et afin de tenir compte des priorités définies par la politique académique, est appliqué un coefficient qui varie selon la classe d’origine :

CoefficientClasse d’origine
Coefficient = 1,2Elèves de 3e générale, 3e Prépa-Métiers, 3e de l’enseignement agricole
Coefficient = 0,8Elèves de 2nde professionnelle, 1re année de CAP
Elèves de 2nde générale et technologique
Candidats RFI Elèves issus de la MLDS et des dispositifs FSE
Coefficient = 0,7Elèves de terminale CAP
Elèves de 3e SEGPA
Elèves de 1re professionnelle
Coefficient = 0,2Elèves de 1re générale et technologique
Coefficient = 0,15Elèves de terminale (générale, technologique et professionnelle)


Les coefficients, identiques quelle que soit la formation d’accueil, ont été harmonisés pour correspondre à la politique académique en matière d’affectation post 3e et d’affectation 1re.


[1] Voir par exemple http://www.ac-reims.fr/cid76345/apres-troisieme.html

[2] Lire à ce sujet : « La présence d’un « bonus premier vœu », i.e., la possibilité́ de bénéficier d’une plus haute priorité́ dans une école si elle est classée en premier, a également des conséquences néfastes en termes d’incitations : les parents peuvent n’avoir même plus intérêt à être sincères sur leur premier vœu alors même qu’ils y ont intérêt en l’absence du bonus. ». Hiller, Victor, Tercieux, Olivier. « Choix d’écoles en France : une évaluation de la procédure Affelnet ». https://www.cairn.info/revue-economique-2014-3-page-619.htm .

Une réflexion au sujet de « Affelnet : L’invraisemblable nombre de bonus en France, tellement inégalitaire »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s