Affelnet : Contre-vérité #3 : découvrons le véritable sens de la fonction d’harmonisation

Les circulaires académiques amènent à penser que cette fonction d’harmonisation est conçue pour corriger des notes trop généreuses ou trop sévères ([voir Note 1], pour quelques exemples de verbatims issus de circulaires académiques de cette année).

Nous allons démontrer que c’est faux, et que cela révèle au moins de la part des autorités académiques une incompréhension de l’outil qu’elles imposent aux familles (puisqu’il n’est pas dans notre propos de rechercher une manœuvre coupable).

Nous n’allons donc pas parler ici des effets de cette fonction d’harmonisation, nous avons déjà démontré leur impact délétère sur le traitement des notes et les inégalités qu’elle génère. Nous allons nous interroger sur son SENS (c’est une question qui m’a longtemps taraudé), et vous présenter trois hypothèses fausses avant de vous proposer notre interprétation.

Hypothèse de sens n°1 : la fonction atténue les effets d’une notation trop généreuse ou trop sévère

Nous l’avons démontré de manière détaillée dans l’article Contre-vérité d’Affelnet#2 : Arrêtons de laisser croire que la formule d’harmonisation harmonise quoi que ce soit.

La fonction d’harmonisation est donc juste une fonction affine, une bête transformation homothétique avec une translation, de manière à ce que pour chaque champ disciplinaire la moyenne des points Affelnet affectés à l’élève soit centrée sur 100 avec un écart type de 10 (écart type mesure l’écart des notes avec la moyenne).

Hypothèse de sens n°2 : la fonction harmoniserait les notes entre établissements notant sévèrement et généreusement

Là encore c’est faux, pour les mêmes raisons que précédemment. Mais en plus on peut s’interroger sur le sens que cela aurait.

Si on se projetait dans un cas réel, la question pourrait devenir : « quel peut être le sens de chercher à harmoniser les notes d’un élève de Pierre Alviset (un des collèges ayant le plus fort taux de mentions au DNB à Paris en 2020, 100%) avec celles d’un élève de Daniel Mayer (un des collèges ayant la plus faible réussite au DNB à Paris en 2020, 66,6% ) ? ([voir Note 2]) ([voir Note 3]).

Si c’était le cas, l’élève ayant 16 à Pierre Alviset serait « harmonisé » par la fonction exactement de la même manière que l’élève ayant 16 à Daniel Mayer, puisque la fonction harmonise sur la base de moyenne et l’écart type des pré-points pour toute l’académie (de Paris, dans notre exemple).

Hypothèse de sens n°3 : la fonction harmoniserait les notes au sein des établissements

Pourrait-il y avoir un sens à harmoniser les notes établissement par établissement ?

Comme nous l’avons expliqué, la fonction a pour effet que pour chaque champ disciplinaire, la moyenne des points Affelnet affectés à l’élève est ramenée à 100 avec un écart type de 10.

Prenons l’hypothèse de deux collèges imaginaires :

  • un premier fort en EPS où par exemple chaque élève aurait soit 16 soit 18 (il n’y a que des sportifs).
  • un second faible en EPS, où par exemple chaque élève aurait soit 2 soit 4 (il n’y a pas un seul sportif…).

Alors si l’harmonisation se faisait au sein des établissements, on devrait donner le maximum de points Affelnet pour l’EPS à la fois aux élèves du premier collège qui ont 18 et à ceux du second collège qui ont 4 ?!?!?

Là encore il n’y a aucun sens à rechercher ce genre d’harmonisation.

La fonction d’harmonisation n’harmonise qu’une chose : dans Affelnet, chaque champ disciplinaire a un nombre de points centrés sur 100 avec un écart type de 10.

C’est tout. Elle ne va pas plus loin, elle n’harmonise pas les notes, elle harmonise la représentation des notes. En gros, les concepteurs d’Affelnet se sont dit – on ne sait pourquoi – que les notes de Maths par exemple devaient être entre 10 et 14, alors que celles d’EPS pourraient être entre 12 et 18.

Et que donc, pour une raison que je ne connais pas, cela pourrait avoir du sens de tout ramener dans le même référentiel.

Bien évidement, comme pour toute la partie mathématique d’Affelnet, c’est mal fait et bancale : la fonction d’harmonisation intervient APRES le découpage des notes en plages de notes (lire Danger d’Affelnet #2 : La fonction d’harmonisation harmonise des plages de notes, ce qui pénalise les moins bons élèves.). Donc même ce but est loupé.

Quelques réflexions sur l’harmonisation des notes

Harmoniser les (notes des) élèves sur toute une académie n’a aucun sens : on ne peut pas comparer le 16 en maths d’un élève de Pierre Alviset et d’un autre de Daniel Mayer.

Harmoniser les (notes des) élèves collège par collège n’en a pas beaucoup non plus, il faudrait une étude docimologique préalable.

Ce n’est pas une simple fonction mathématique qui peut régler le problème de l’harmonisation des notes. Pour régler le problème de l’harmonisation des notes, il faut un attirail mathématique ET un attirail fonctionnel beaucoup plus vastes.

Faire croire au public qu’une bête fonction mathématique peut régler ce problème est une manière de faire croire que le problème est géré, alors qu’il ne l’est pas.


[Note 1] : On trouve cette fonction – je pense – dans toutes les circulaires. Quelques exemples :

  • Circulaire de Bordeaux (affectation juillet 2021) : « Les moyennes de points calculées sur la base des évaluations disciplinaires sont ensuite soumises à un lissage statistique (afin d’atténuer les effets de notation trop généreuse ou trop sévère).« 
  • Circulaire de Grenoble (affectation juillet 2021) : « Les évaluations des candidats font l’objet d’un traitement statistique permettant d’atténuer les effets d’une notation trop généreuse ou trop sévère dans les disciplines. »
  • Circulaire de Paris (affectation juillet 2021) : « Les notes des candidats, exprimées en points par champ disciplinaire, font l’objet d’une formule de lissage qui harmonise la diversité de notation des élèves. Ce lissage permet un traitement de notation équitable entre les élèves. »

[Note 2] : Vous pouvez trouver tous les résultats au DNB de 2006 à 2020, France entière, dans notre page Nos tableaux de données et feuilles de calculs

[Note 3] : L’exemple de cette analyse est basée sur Paris, parce que c’est plus simple pour moi, mais cela fonctionne exactement de la même manière dans n’importe quelle autre académie.

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