Dans Affelnet : une absence totale de base scientifique au choix de l’IPS

L’IPS est nouvel indice défini en 2016 par Thierry Rocher, chef de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance). Il part d’un constat de vieillissement des études basées sur les CSP et propose un indice d’observation.

Cet indice, délicat à manier et qui impose de la calculer avec précision pour chacune des personne de l’étude dans lequel on souhaite l’intégrer, est adopté par le MENJS en 2019, qui en propose une version simplifiée à un extrême beaucoup trop extrême pour lui conserver du sens. Schématiquement, le MENJS reprend les CSP auxquelles il n’adjoint pas les données sociales qui font de l’ISP ce qu’il est. Il se contente de le renommer.

A Paris, Le Rectorat décide l’employer dans Affelnet en 2020-2021, sans à aucun moment se poser la moindre question sur l’adéquation de son indice et des populations étudiées : le but est de trouver un véhicule pour sa réforme qui permette d’identifier les établissements regorgeants de bons élèves pour les disperser, tout en donnant l’impression d’une action sociale. Le pseudo IPS du MENJS est parfait pour cela : il intègre l’étique « sociale » dans son nom, et recouvre parfaitement la carte des établissements ayant le plus de mentions TB au DNB.

Et donc à Paris, l’indice n’est utilisé que dans un seul but, économique. Il permet de déterminer les établissements en fonction de leurs résultats pour réduire les ressources économiques des meilleur via les DHG, augmentant celles des plus faibles (le bilan reste toujours à la diminution globale des moyens [voir Note 1]). Mais sans dire que cette construction n’est qu’économique, mais en faisant croire qu’elle est sociale.

En lui-même, l’IPS a du sens

A la base de l’IPS, donc, une réflexion menée par la DEPP et son chef Thierry Rocher, en deux temps :

  • 1er temps, constater que les études sociologiques actuelles relatives à l’enseignement étudient plus les axes de la mixité sociale, du déterminisme social, du plafonnement social que celui du revenu des familles ;
  • 2ème temps, se dire que les CSP bien connues depuis des années ne sont donc plus assez efficaces, parce que (par exemple) les parents qui ont fait des études ou qui ont des moyens sont plus à même de compenser les faiblesses de l’Education Nationale que les autres.

Thierry Rocher en a conclu logiquement qu’il faut un nouvel indice qu’il définit [voir Note 2], et qu’il propose comme un dispositif d’observation [voir Note 3].

Mais l’IPS est un indice délicat à mettre en place

Si l’IPS a un sens certain dans ce cadre de « dispositif d’observation » relatif aux études sociales sur l’enseignement, l’utiliser comme outil de qualification applicable sans précaution à une large population constitue une erreur de raisonnement terrible.

Toute démarche de quantification qui impliquerait l’usage d’un indice impose de trouver celui qui sera pertinent tout en permettant d’exprimer la tendance générale des mesures effectuées sur les groupes de sujets, ce d’ailleurs avant de trouver l’outil statistique adéquat pour analyser ces résultats et aider à vérifier la relation causale.

Par exemple, la température est-elle un bon indice pour indiquer la présence d’une infection ? Le constat d’une infection est-elle la seule cause d’une dynamique imprévue de la température ?

Dans le cadre de l’Affelnet Paris 2020-2021, le choix de l’IPS a évidemment deux avantages du point de vue du Rectorat parisien :

  • Il permet d’identifier facilement les collèges qui « marchent bien », puisqu’il apparait que l’IPS recouvre quasi parfaitement la carte des mentions « Très bien » au DNB [voir Note 4], mais ce n’est qu’un effet de bord sans causalité ;
  • Il est déjà employé – certainement dans un cadre similairement bancal – pour réduire les Marges Académiques des DHG, donc le réemployer simplifie la communication autour.

Mais la mise en œuvre de l’IPS telle qu’elle est faite pour Affelnet est invraisemblable d’un point de vue scientifique. Parce que jamais il n’a été démontré que le cadre de l’IPS pouvait s’appliquer à toute une population sans précautions.

Une des spécificités est justement d’être un dispositif d’observation. Dans ce cadre, on peut utiliser l’IPS si l’on souhaite quantifier des résultats relatifs à l’enseignement sur une population, mais à la condition préalable de calculer les indices IPS de cette population. Or l’IPS est un indice délicat qui se veut précis. Son emploi ne peut se faire qu’avec précaution, surtout que sa définition est basée sur des études qui ont maintenant vieilli et qui intègre des éléments qui ne qualifient plus aucune position sociale, comme présence d’un ordinateur dans le foyer par exemple [voir Note 5] .

Interrogeons-nous sur quel est l’indice IPS utilisé à Paris

A Paris, rien n’a été fait comme il faudrait. Un indice a été décrété, mais on ne sait pas lequel, même si on le nomme IPS. En effet, cet indice a été déterminé pour la population parisienne sans trop que l’on sache comment (quel périmètre de la population ? quelle base et quelle année pour les données ?). Tout ce que l’on a, ce sont des tableaux de chiffres fournis officiellement dans la circulaire académique [voir Note 6]. Rien sur la méthodologie. Or :

  • A priori ce n’est pas un « véritable » IPS mais juste un nouveau nom plaqué sur des CSP bien connues (et que propose d’abandonner l’IPS, car trop imprécises et incomplètes par rapport à notre époque). A preuve de cette hypothèse, les fiches Siècle [voir Note 7] de collecte des données préalables.
  • Mais si l’IPS a été défini sur Paris en respectant le schéma prévu par la DEPP, alors, cet indice présente une large gamme de défauts, comme être sexiste, être basé sur une vérification statistique incomplète, être basé sur une norme de 2008, ne pas différentier les familles monoparentales, les orphelins, et surtout ne pas tenir compte de la réalité sociale.

Dans les deux cas l’IPS pour Affelnet est un mauvais choix, que le Rectorat – qui n’ jamais répondu à nos questions – devrait retirer immédiatement.


[Note 1] : Voir 2020-2021 : Grosses baisses de DHG sur Paris, basées sur l’IPS.

[Note 2] : Voir https://www.education.gouv.fr/media/17207/download

[Note 3] : Thierry Rocher, Conférence « Le Rôle de l’expérimentation dans le domaine éducatif » au Collège de France, 01/02/2018. Voir https://www.dailymotion.com/video/x6e9o8z

[Note 4] : Voir notre page Cartographie des bonus IPS – Collèges qui permet sur la troisième carte de constater très simplement cette concordance.

[Note 5] : Voir https://www.education.gouv.fr/media/17207/download, page 12

[Note 6] : Voir dans notre documentation : Les circulaires Affelnet ou directement : affelnet-circulaire-affectation-lycee-paris-2021-2022-affectation-juillet-2021-21an0074.pdf, Annexe 5 pages 72 à 77.

[Note 7] : Voir dans notre documentation : Les autres documents distribués par les rectorats et le ministère ou directement : Fiche de Renseignements parents pour l’application SIECLE

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