2021/03/09 – Appel au gel immédiat de la réforme d’affectation en 2nde GT (AFFELNET) à Paris.

Déclaration des parents parisiens engagés contre la réforme précipitée d’AFFELNET à la rentrée 2021 qui méprise les familles et fragilise l’école publique. Ce document a été envoyé à de nombreux destinataires (députés de Paris, conseillers de Paris, presse, rectorat) le 04 mars 2021.

En quelques mots : nous considérons cette réforme comme injuste et nocive pour nos enfants, et que c’est un recul par rapport à l’existant.

  • Nous appelons le Rectorat à retirer cette réforme.
  • Nous appelons nos élus parisiens à encore relayer nos messages, comme 6 groupes l’ont fait au Conseil de Paris le 09/03 (voir ici)
  • Nous demandons à tous les exécutifs de ne pas admettre la suppression de distinction entre l’enseignement public et gratuit et l’enseignement privé, subventionné et payant.
  • Nous appelons les associations de parents d’élèves à soutenir notre action et à arrêter de proposer des ajustements de « cartes » : le problème n’est pas là.

Notre déclaration :

Parents élus dans de nombreux établissements scolaires parisiens, nous avons fait le choix d’une démarche collective parisienne, pour que notre voix soit enfin entendue auprès du Rectorat de Paris et des élus parisiens, concernant la réforme AFFELNET 2021 à Paris.

En effet, depuis un mois, malgré nos différentes actions et questions, nous n’obtenons aucune réponse satisfaisante de la part du Rectorat, concernant cette réforme devant s’appliquer urgemment dès la rentrée 2021. Ce 3 mars 2021, les familles concernées ne disposent toujours pas d’une information précise décrivant les nouvelles règles d’affectation pour leurs enfants.

Aussi, nous appelons le Rectorat de Paris à geler immédiatement la réforme AFFELNET 2021 pour conduire enfin une réelle refonte, en toute transparence, permettant de répondre aux dysfonctionnements largement connus (manque d’information des parents avant de faire leurs choix, lycées de niveau, concentration importante de boursiers dans certains établissements, élèves n’ayant pas l’un des 3 premiers vœux…).

La situation particulièrement anormale de l’année dernière résulte d’une sous-estimation par le Rectorat du nombre de places nécessaires au regard d’un afflux plus important d’élèves orientés en 2nde Générale et Technologique à la suite de la crise sanitaire. Elle ne peut pas constituer une justification de l’urgence actuelle du calendrier. Elle ne peut pas non plus conduire à introduire l’enseignement privé dans AFFELNET dans ces conditions.

Au regard de l’importance que constitue pour les familles l’affectation en 2nde, nous condamnons l’absence de transparence envers les familles et la précipitation de la mise en œuvre de ces nouvelles règles qui nuisent aux élèves de 3ème directement concernés.

Par ailleurs, nous ne sommes pas convaincus de la réalité de l’argument de mixité scolaire et sociale invoqué par le Rectorat pour justifier les modifications envisagées dans le barème. Aucune valeur cible, ni aucun élément robuste statistiquement n’ont été à ce jour présentés : cet objectif de mixité reste donc aujourd’hui largement une interrogation, voire une illusion. Les éléments connus et présentés s’intéressent principalement à une gestion de flux, à une optimisation du remplissage des lycées… Par ailleurs, la diminution constante des moyens dans le 2nd degré (comme l’atteste la Dotation Horaire Globale pour 2021) et de l’offre de formation proposée est un frein à l’accroissement de la mixité sociale et scolaire au sein des établissements.

En quelques mots, la réforme AFFELNET 2021.

La réforme d’AFFELNET 2021, c’est d’abord restreindre le choix des familles à 5 lycées sur un territoire plus petit pour optimiser le remplissage des établissements : l’importance du bonus géographique pour le secteur 1 dénature le barème et conduit dans les faits à une quasi-obligation de choisir un des 5 lycées de ce secteur.

Nous ne pouvons pas accepter cette optique de gestionnaire qui se concentre uniquement sur les flux et le remplissage des lycées, en invoquant de manière mensongère des objectifs de mixité scolaire et sociale. Contrairement à ce que sous-entend le Rectorat, l’existence des lycées de niveau est directement la conséquence du système qu’il a mis en place.

Les choix individuels des élèves ne sont pas intégrés dans les règles d’affectation :

  1. Pas le collège d’origine pour éventuellement se retrouver entre amis du collège au lycée ;
  2. Pas les langues vivantes ou anciennes suivies ;
  3. Pas le souhait de suivre telle ou telle option ;
  4. Pas la perspective d’opter pour une 1ère générale ou technologique ;
  5. Pas la prise en compte des enseignements de spécialité envisagés ;
  6. Pas la proximité géographique que le rectorat nous vante tant aujourd’hui.

Quelle autre alternative reste-t-il aux élèves que celle de faire leur choix sur la réputation et la qualité ressentie de tel ou tel lycée ? La réforme proposée ne prend toujours pas en compte ces 6 éléments de choix. Elle ne va en rien faire disparaître les lycées de niveau, mais juste réorganiser la concurrence entre élèves sur des territoires plus réduits.

Cette concurrence sera d’autant plus exacerbée que, pour donner suite à la réforme du baccalauréat, le lycée d’origine devient un critère déterminant dans l’accès à l’enseignement supérieur dans la très grande majorité des filières anciennement sélectives (BTS, IUT, Classes préparatoires.) et dans environ 30% des filières universitaires. La réforme d’AFFELNET ne peut pas se couper d’une véritable réflexion sur ce qu’est une orientation scolaire choisie et un égal accès à l’enseignement supérieur.

Nous déplorons l’absence de prise en compte de ces dimensions qui sont au cœur de la réussite des parcours scolaires de nos enfants.

De plus, nous constatons également l’utilisation de cette réforme pour introduire les collèges et les lycées privés dans AFFELNET. L’explication technique est principalement liée une fois de plus à la question de la gestion des flux, pour éviter des doubles inscriptions. En revanche, la transparence donnée à l’offre des lycées privés va conduire une fois de plus à accroitre la concurrence public-privé dans l’académie la plus ségréguée de France. Et, comble du procédé, la possibilité pour les collèges privés de bénéficier des bonus IPS (Indice de Position Sociale) va également dans le même sens, celui de fragiliser l’école publique en mettant le privé à son niveau – sans contrainte aucune – en envoyant aux parents le message que le privé et le public, c’est la même chose dans le 2nd degré !

Ce que nous redoutons avec cette réforme précipitée d’AFFELNET :

  • Que l’introduction de l’IPS moyen des établissements ne conduise à une approche de la mixité sociale de façade, ne prenant pas en compte l’hétérogénéité sociale.
  • La remise en cause des efforts de tous (Ville de Paris et communauté éducative) pour maintenir la mixité sociale dans les 1er degré et 2nd degré à Paris, amenant au contraire le renforcement des logiques de ségrégation et de concurrence entre les élèves.
  • Le marchandage – déjà confirmé – de chaque collège pour obtenir la « meilleure liste de 5 lycées » ou des lycées pour imposer les collèges qui lui seraient rattachés, avec des risques de ghettoïsation accrus.
  • Une vision de la mixité sociale, limitée aux territoires la connaissant déjà avec de fortes hétérogénéités socio-économiques (voire la concentration des boursiers et des collèges avec un bonus IPS à 1200 dans les mêmes secteurs).
  • Une ambition particulièrement limitée concernant les boursiers conduisant à entériner l’hétérogénéité territoriale actuelle en les maintenant sur leur territoire de vie.
  • Une organisation en secteur 1 qui n’obéit qu’à une stratégie pour « ranger » les élèves sans tenir compte réellement de leurs « vœux », qui aboutit à imposer à chaque élève une offre restreinte et fictive : le résultat sera même pire que dans le système actuel.
  • Un affaiblissement orchestré du service public de l’éducation, avec la mise en avant par le Rectorat de l’offre des établissements privés, le bonus IPS pour certains collèges privés donnant à leurs élèves des priorités d’admissions devant des élèves du public. Cela ne pourra que conduire à une plus grande fuite vers le privé, pour ceux qui en ont les moyens, et donc à une mise en danger de la mixité sociale au sein de l’école publique.

Ce que nous dénonçons au regard du calendrier précipité de mise en œuvre des nouvelles règles d’AFFELNET :

  • Malgré les lois sur la confiance et la co-éducation, le mépris des enfants et de leur devenir, des parents, des enseignants, des représentants de parents d’élèves, des chefs d’établissements, des psychologues-EN dans la mise en œuvre précipitée de cette réforme.
  • La non-prise en compte de la réalité du fonctionnement des collèges en pleine crise sanitaire rendant plus compliqué le lien avec les familles.
  • La création d’une situation anxiogène pour les familles qui ne disposent d’aucune information opérationnelle et qui se sont projetées dans l’ancien système. Tout ce que ces familles ont pu construire pour la prochaine rentrée en 2nde serait aujourd’hui caduque.
  • Le manque de transparence pour les familles. Certaines affectations pour des parcours spécifiques (CHAM, CHASE, sections internationales…) ont commencé le 8 février dans le plus grand silence. Seuls les initiés bénéficient de cette information !

Aussi, nous demandons au Rectorat de suspendre cette réforme, de prendre le temps de mesurer les impacts au-delà de la gestion du flux d’élèves à affecter (en particulier en termes d’égalité des chances, de mixité sociale et scolaire), d’abandonner l’introduction des établissements privés dans Affelnet, de rendre transparent l’ensemble des éléments nécessaires à l’ensemble des parents et de la communauté éducative.

Nous appelons nos élus parisiens à :

  • Demander le gel de cette réforme, en ne se laissant pas abuser par le discours du Rectorat qui s’abrite derrière la mixité scolaire et sociale. Ce discours masque mal le désengagement des moyens fournis au 2nd degré, et à la fois le maintien de la hiérarchisation des lycées.
  • Ne pas admettre la suppression de distinction entre l’enseignement public et gratuit et l’enseignement privé, subventionné et payant.

Car, si la liberté d’enseignement est le fondement du système éducatif français, ici c’est d’une mise à mal et d’un affaiblissement de l’école publique qu’il s’agit, au travers de l’annihilation de la liberté du choix de son lycée pour réussir son parcours scolaire.

Nous appelons les parents parisiens à nous rejoindre dans notre mobilisation pour exiger le gel de la réforme AFFELNET 2021 et la transparence pour une réelle refonte.

Le collectif des parents parisiens engagés contre la réforme précipitée d’Affelnet 2021.

  • Furent signataires de cet appel une trentaine de conseils locaux de Parents d’Eleves, et en leur nom personnel plusieurs administrateurs d’associations parisiennes de Parents d’Eleves

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